Interview d’Adrien Besse,
créateur et directeur de Chapeau l’Artiste

 Adrien Besse est clarinettiste. Originaire de Limoges où il a grandi et commencé ses études musicales,
il s’installe à Paris en 2006, obtient son Diplôme d’Etat et enseigne en banlieue parisienne,
parallèlement à son activité d’essayeur de clarinettes chez Henri Selmer Paris.

Mais sa vocation reste avant tout la scène, la musique « live » et la rencontre avec le public…

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Pourquoi avoir créé Chapeau l’Artiste ?

Ce projet me trottait dans la tête depuis longtemps.
En 2010, je finis mes études et je viens de me lancer dans l’aventure des Sourds-Doués, spectacle musical humoristique imaginé avec trois amis, trompette, cor et clarinette basse. Le groupe rencontre rapidement son petit succès, mais s’impose très vite l’obligation de créer une structure support, avec toutes les difficultés qui vont avec. Je m’inscris à des formations à la Cité de la Musique pour mieux m’orienter dans mes démarches, et Chapeau l’Artiste voit le jour, le 13 avril 2011, chez moi autour d’un verre avec quelques amis.
Et c’est le déclic : l’expérience acquise doit servir à d’autres.

Quelle est la mission principale de Chapeau l’Artiste ?

C’est simple, gérer toutes les contraintes administratives qu’implique une prestation musicale. Et la liste est longue ! Contrats de cession, contrats individuels, déclarations URSSAF, Pôle Emploi, diverses caisses, Sacem et j’en passe. Nous gérons cela, et les musiciens ne s’occupent que leur musique et de leur spectacle.

Cela correspondait à un vrai besoin ?

Et comment ! Peu après sa création, des amis musiciens confrontés aux mêmes nécessités administratives, qui avaient entendu parler de notre structure, m’ont demandé de les « dépanner ». Et nous avons ouvert la structure à tous les groupes qui pouvaient en avoir besoin, en professionnalisant au maximum le fonctionnement de Chapeau l’Artiste.


Quel est le statut juridique de Chapeau l’Artiste ?

Chapeau l’Artiste est une association loi 1901. Mais celle-ci est inscrite au registre du commerce, ce qui lui permet d’engager des artistes et des employés, et la soumet également à l’impôt sur les sociétés.
Chapeau l’Artiste est également reconnue d’ « intérêt général » par l’État. Ce qui nous permet de recevoir des dons de particuliers et d’entreprises, déductibles de leurs impôts. Cet avantage est valable pour tous les groupes adhérents et c’est un gros « plus » dans les recherches de mécénat.

Chapeau l’Artiste ou CL’AP ?

Les deux ! Notre nom légal est Chapeau l’Artiste. Mais afin de créer un acronyme sympa et d’en tirer un logo, nous avons retenu CL’AP pour Chapeau LArtiste Production. Même si, pour les démarches administratives et bancaires, Chapeau l’Artiste est obligatoire, CL’AP reste le nom d’usage souvent utilisé.

Travailles-tu seul ?

Evidemment non, ce serait impossible vue la dose de travail. Et surtout vu les engagements administratifs, juridiques et financiers pris, il ne faut pas se tromper. C’est aussi le principe même du fonctionnement de CL’AP.
Tout d’abord il fallait une comptable experte dans le domaine compliqué de l’administration artistique. Et ça tombe bien, j’en connaissais une parfaite qui a été tentée par l’aventure et tient les rênes d’une main de fer dans un gant de velours. Fabienne Pichaud s’occupe de toutes les affiliations aux différentes caisses, de superviser toutes les déclarations que je peux faire et bien évidemment de toute la comptabilité de l’association.
Je suis fortement épaulé depuis le début par Pierre Pichaud, ami de longue date et co-fondateur des Sourds-Doués. Toutes les décisions et projets passent par lui, et il est d’une aide indispensable au bon fonctionnement.
Ne pouvant être à la fois musicien et président de la structure, j’ai également demandé à un ami, Pierre Devanlay, de prendre la tête de l’association et donc d’en assumer les responsabilités administratives. Son expérience de chef d’entreprise est précieuse et ses conseils toujours bienvenues. Ainsi qu’à Carole Rousseau d’être secrétaire et titulaire des licences d’entrepreneur du spectacle nécessaire à notre activité.
Nous avons également eu jusqu’à 3 salariées l’an passé, mais aujourd’hui l’équipe est resserrée.
Les amis et partenaires ayant participé à l’élaboration de Chapeau l’Artiste sont trop nombreux pour tous être cités ici, mais ils feront l’objet très bientôt d’une présentation détaillée sur ce blog…

Comment traitez-vous les demandes administratives des musiciens ?

Au début de l’aventure, tout était manuel et « à l’ancienne ». Et au fur et à mesure nous nous sommes efforcés de professionnaliser, informatiser et rendre les choses de plus en plus simples, efficaces et fluides.
Nous utilisons un logiciel de paie, sPAIEctacle, qui transmet automatiquement toutes les cotisations aux différentes caisses. Les paiements sont faits par virement et les bulletins de paie et AEM sont envoyés par mail aux musiciens, qui remplissent préalablement une fiche de renseignements informatisée.
Toutes ces étapes informatisées permettent de minimiser au maximum le temps de travail et donc le coût.

Pourquoi les musiciens et/ou les groupes adhéreraient à CL’AP et pas à une autre structure ?

Une de nos forces est que nous sommes une équipe de musiciens au service des musiciens. Nous connaissons les contraintes musicales, financières et logistiques que peuvent rencontrer les différents groupes, car c’est notre métier également.
Cet atout nous pousse donc à ne pas pratiquer de tarifs exorbitants. Il est déjà difficile de trouver des concerts rémunérés, et nous ne voulons pas être une charge trop importante pour rebuter les programmateurs. C’est pourquoi nous ne prenons jamais plus de 10% de frais de fonctionnement, qui plus est dégressifs en fonction du montant et du nombre de musiciens.
Tout ceci est étudié au cas par cas, pour chaque groupe, chaque musicien et chaque prestation. Nous proposons un devis que le groupe est libre d’accepter ou pas. En effet, il n’y a aucun contrat d’exclusivité ou d’obligation de travailler à chaque fois ensemble en étant adhérent de Chapeau l’Artiste.  C’est un service à la demande.
Et pour couronner toute cette activité, nous nous voulons solidaires. Sur toutes nos activités est prélevée un peu d’argent que nous reversons à une association caritative. Les deux premières années à la Croix-Rouge Française, et depuis l’année dernière au Rire Médecin. C’est un geste symbolique aux vues des sommes reversées, mais je reste convaincue, peut-être utopiquement, que si toutes les entreprises appliquaient ce fonctionnement les associations caritatives ne s’en porteraient que mieux.

Le portage administratif est la seule activité de CL’AP ?

Non, nous tentons de diversifier au maximum notre activité, et c’est un autre atout pour les musiciens nous rejoignant.
Nous proposons de très nombreux services « extra-musicaux » :
Création de site internet, photographe de concert ou de book, technicien son et lumière, tournage de clip ou captation concert, graphiste pour la réalisation de plaquette, pochette, logo, enregistrement et pressage cd, merchandising , accompagnement sur la communication ou la diffusion. La liste est longue et non exhaustive, et vous pourrez retrouver sur notre site la présentation de tous ces acteurs qui ont accepté de mutualiser leur activité et sont des partenaires de confiance.
Depuis un an, nous avons également décidé d’augmenter notre champ d’action, d’aller au-delà du simple portage, et de devenir réellement producteurs de deux groupes :
Les Sourds-Doués, groupe à l’origine du projet
CLAP-Fanfare, formation festive « née » de notre structure il y a plus d’un an, fondée par Pierre Pichaud et moi-même

Comment rejoindre cette équipe resserrée de groupes produits ?

Devenir produits induit que nous investissons de l’argent, beaucoup plus de temps et participons de près à l’évolution du groupe, ses choix de carrière et tentons de lui trouver des dates au maximum.
Il est donc assez compliqué de rejoindre ce carré qui monopolise déjà une grande partie de notre emploi du temps.
Mais il est sûr qu’à moyen et long terme nous allons développer cette activité. Et la priorité sera forcément aux groupes déjà adhérents depuis un certain temps, avec qui nous avons l’habitude de travailler, car une connaissance artistique et une confiance professionnelle sont indispensables.

Tous les groupes peuvent avoir accès aux prestations « extra-musicales » ?

Oui, sans aucune exception. Même exceptionnellement des groupes extérieurs. Et comme pour le portage, aucune obligation non plus. Sur demande des musiciens nous présentons un devis, si le groupe trouve moins cher ailleurs, pas de soucis.

Il n’y a donc aucun défaut à cette structure ?

Bien sûr que si. Notre principale lacune est que nous ne pouvons répondre à la principale demande de tous les musiciens, c’est-à-dire l’activité de tourneur. Trouver des dates est la priorité pour tous les groupes. Mais cette activité est extrêmement chronophage et donc très chère. Nous le faisons déjà pour les groupes produits. En aidant à la visibilité et la communication des groupes, ainsi qu’en envoyant des mails de présentation de nos groupes à un très grand nombre de programmateurs et journalistes, nous participons au maximum à leur réussite. Mais nous ne pouvons pas faire de miracles…
Aucun des bénévoles de CL’AP ne travaille à temps plein, ce qui rajoute un peu d’inertie aux traitements de certains dossiers. Nous essayons d’être au maximum réactifs, mais certaines fois il faut être un peu patient.
Il y a de nombreux autres défauts, que nous tentons de combattre au fur et à mesure.

Ces activités vous permettent de gagner votre vie ?

J’aimerais beaucoup. Mais pour l’instant, non. J’ai au départ investi de l’argent, dans les formations, les démarches administratives, l’organisation et bien sûr j’ai investi beaucoup de mon temps.
Depuis à peine un an, nous avons mis en place un défraiement pour le temps que nous passons. Nous ne voulons pas assassiner financièrement les groupes avec qui nous travaillons et voulons donc réduire au maximum les coûts. Nous ne pouvons donc pas pour l’instant dégager suffisamment de bénéfices pour imaginer de réelles rémunérations. Mais cela viendra, j’y crois…

La motivation du début est-elle toujours présente ?

Oui, et plus que jamais ! Je suis très heureux d’aider au mieux tous les musiciens, dont une majorité sont des amis. L’administration française, qui plus est pour les artistes, est une vraie jungle. Tenter de mutualiser les moyens et de fédérer des artistes autour d’un projet commun est une expérience très enrichissante. Je reste persuadé, aux vues de l’évolution politique française, que nous ne pouvons rester isolés et devons au maximum travailler tous ensemble.

Comment discuter de tout ceci directement avec toi, voire même te rencontrer ?

Comme je ne travaille pas à temps plein pour Chapeau l’Artiste, il est parfois un peu compliqué de me joindre.
Le mieux est d’écrire par mail à contact@chapeaulartiste.fr pour commencer à exposer un projet ou poser des questions. Ensuite, mon portable reste allumé. Et nous avons depuis le mois d’avril un bureau à Paris, hébergé par la maison Selmer au 18 rue de la fontaine au roi dans le 11ème arrondissement, où j’assure une permanence les lundis, jeudis et vendredis après-midi. Sur simple rendez-vous il est facile de venir discuter. Et je suis musicien avant tout, donc cela finit souvent autour d’un verre…

Qu’est-ce qui motiverait les programmateurs à engager un groupe de Chapeau l’Artiste plutôt qu’un autre ?

Nous nous voulons garants d’une qualité musicale et d’un sérieux professionnel pour tous les groupes avec qui nous acceptons de travailler. En ces temps pas toujours faciles pour la culture, établir une relation de confiance avec les programmateurs est une mission importante. Ils doivent savoir qu’ils n’auront aucun problème ni musical, ni humain et encore moins administratif et financier.
De plus, nous engager est également un geste solidaire quand on sait qu’une partie est reversée à une association caritative.

Quels sont les projets ?

Ils sont très nombreux, mais par soucis de confidentialité, je vous laisserai les découvrir au fur et à mesure de notre actualité…